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  • walteragnes05

Comprendre le parcours des enfants non scolarisés

En France, l’instruction est obligatoire. Tout enfant doit pouvoir être accueilli dans l’école de la République jusqu’à ses 16 ans. La tendance est même à un durcissement de ce cadre, avec une scolarité obligatoire dès 3 ans (et non plus 6 ans jusqu’en 2019), et une surveillance accrue des parents qui préfèrent l’IEF (l’Instruction En Famille, l’école à la maison, quoi!).


Mais, paradoxe....


Cette obligation semble ne pas s’appliquer aux enfants en situation de handicap… Beaucoup ne sont pas scolarisés dans les écoles. Certains sont dans des IME (Instituts Médico Educatifs), mais malheureusement beaucoup sont sans solution. Certaines associations disent même que 80 % des autistes ne sont pas scolarisés et beaucoup d’enfants avec des troubles d’apprentissage et un trouble de l’attention trop envahissants sont orientés vers des dispositifs d’inclusion, alors que leur intelligence est « normale ».

Avant d’être orientés vers des IME, les enfants sont généralement acceptés à l’école ordinaire, en maternelle, avec un possible redoublement en grande section qui leur permet de rester scolarisés jusqu’à leurs 6 ou 7 ans.

Mais ce n’est même pas forcément le cas, certaines écoles refusent un peu facilement à mon goût un enfant car il n’est pas propre, et donc, plutôt que de l’accompagner sur la voie de la socialisation, en le prenant seulement le matin par exemple, il reste à la maison, parfois sans aucune prise en charge. C’est ainsi que certains enfants perdent de précieuses années de développement éducatif, à un âge où l’on sait l’importance d’un accompagnement soutenu...

Le développement des UEMA : plus l’autisme est pris en charge tôt et plus les enfants peuvent espérer mener une vie la plus intégrée possible, et poursuivre par là-même aussi une scolarité la plus "normale" possible.


Mais en règle générale, après 6 ans, soit ces enfants intègrent une ULIS primaire (dispositif local d’inclusion scolaire dans l’école), soit un IME… pour les plus chanceux. Car même avec une notification MDPH leur ouvrant les portes d’une ULIS, d’un SESSAD ou d’une IME, les délais d’attente peuvent être très long. Pour exemple, en Seine et Marne, le délais d’obtention d’une place en IME est en moyenne de 6 ans.

Parallèlement, une fois qu’on est admis en IME, les places dans les institutions d’adultes sont aussi chères, je vais être très cynique, mais elles se libèrent quand il y a un décès ; voilà pourquoi certains jeunes restent en IME jusqu’à 25 ans… ce qui empêche donc les plus jeunes d’avoir une place. C’est le serpent qui se mord la queue…

Que faire de ces enfants « sans solution »?


accompagner un enfant non scolarisé


- Chercher une institution en Belgique : l’inconvénient est que c’est coûteux émotionnellement pour les parents, et parfois financièrement, s’ils doivent faire le trajet pour voir leur enfant régulièrement. L’avantage est que ce sont souvent des lieux avec de très bons professionnels.


- Trouver des intervenants à domicile : on assiste donc au développement des "intervenants psychoéducatifs" à domicile. Souvent ce sont des éducateurs, mais parfois ils n’ont pas de formation. C’est difficile pour les parents de s’y repérer. Quelqu’un qui n’a pas de diplôme d'état peut par ailleurs être très compétent, surtout s’il est supervisé par un psychologue.


L’avantage de cette solution est qu’elle offre vraiment du sur-mesure pour l’enfant (volume horaire, plan d’accompagnement individualisé, construit avec les parents et les différents intervenants de l’enfant, en fonction des objectifs prioritaires...)


L’inconvénient majeur pour les parents est que cela a un coût, car au contraire d’une école ou d’un IME, il faut payer ces intervenants, souvent en libéral.

Même s’il existe d’autres aides financières potentielles à la marge, souvent ponctuelles (comme la CAF, parfois certaines mutuelles), je vais citer les deux principales :

- le complément AEEH accordé pat la MDPH

- une prise en charge par le PCPE de la région.

Un autre inconvénient, si l’enfant n’est pas du tout scolarisé est qu’il n’a pas d’interactions sociales avec ses pairs.

Il faut alors trouver soit des groupes d’habilités sociales (très prisés, mais encore faut-il avoir la chance d’obtenir une place!), soit des activités adaptées (sport adapté, équithérapie…)

Enfin, je sais qu'en écrivant cet article sur l'intervention psycho-éductive (métier qui n'existe pas), j'ouvre la porte à un énorme débat opposant les "puristes" d'un côté (ceux qui revendiquent un diplôme d'état d'éducation spécialisé et un statut de libéral) et les "pragmatiques" de l'autre (souvent les parents, ceux qui recherchent un professionnel compétent, créatif, impliqué, dynamique, sans forcément de diplôme d'état, et acceptant d'être payé en CESU car c'est plus abordable financièrement pour eux).


Etant titulaire d'un DEES, je sais que cette formation m'a apporté énormément de professionnalisme. Et notamment en matière de positionnement professionnel vis-à-vis des enfants tout autant que des parents. Car autant nous pouvons apprendre sur le terrain les outils et méthodes comportementales, autant certaines choses ne s'inventeront jamais.


Cependant, je déplore ce débat houleux, car je pressens qu'il va finir par entrainer une réglementation qui va au final rigidifier la profession et rendre la situation encore plus compliquée pour les parents qui peinent à trouver des accompagnants compétents.

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